{"id":1803,"date":"2022-05-21T17:27:11","date_gmt":"2022-05-21T15:27:11","guid":{"rendered":"https:\/\/137notaires.eliott-markus.cloud\/bail-a-construction-et-promesse-de-vente-sur-quel-droit-portera-lexercice-du-droit-de-preemption-urbain\/"},"modified":"2022-05-21T17:27:11","modified_gmt":"2022-05-21T15:27:11","slug":"bail-a-construction-et-promesse-de-vente-sur-quel-droit-portera-lexercice-du-droit-de-preemption-urbain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/137notaires.com\/en\/bail-a-construction-et-promesse-de-vente-sur-quel-droit-portera-lexercice-du-droit-de-preemption-urbain\/","title":{"rendered":"Bail \u00e0 construction et promesse de vente : sur quel droit portera l&#8217;exercice du droit de pr\u00e9emption urbain ?"},"content":{"rendered":"<p>\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><strong>Eclairages sur l&#8217;arr\u00eat du Conseil d&#8217;Etat du 19 avril 2022 (N\u00b0 442150)<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La simple conclusion d&#8217;un bail \u00e0 construction n&#8217;entre pas dans le champ d&#8217;application du droit de pr\u00e9emption urbain \u00e9dict\u00e9 par les articles L.210-1 et  L.213-1 du Code de l&#8217;Urbanisme : il ne s&#8217;agit pas, en tant que tel, d&#8217;une alin\u00e9ation \u00e0 titre on\u00e9reux. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet, le bail \u00e0 construction entraine, non une ali\u00e9nation mais une simple dissociation de la propri\u00e9t\u00e9 du sol et des constructions  : le bailleur demeure l&#8217;unique propri\u00e9taire des terrains &#8211; art. L.251-1 du Code de la Construction et de l&#8217;Habitation.  <\/p>\n\n\n\n<p>Le droit r\u00e9el du preneur consiste alors en un droit de propri\u00e9t\u00e9 temporaire sur les constructions ;  les parties \u00e9tant libres de fixer leur sort \u00e0 la fin du bail &#8211; art. L.251-2 du Code de la Construction et de l&#8217;Habitation . <\/p>\n\n\n\n<p>Elles peuvent aussi conventionnellement pr\u00e9voir &#8211; ce que notre pratique d\u00e9nomme parfois  bail \u00e0 construction &#8220;invers\u00e9&#8221; ou &#8220;\u00e0 l&#8217;envers&#8221;- un bail \u00e0 construction au terme duquel le preneur acquiert le terrain anciennement pris \u00e0 bail et demeure propri\u00e9taire des constructions.<\/p>\n\n\n\n<p>Le droit d&#8217;accession rena\u00eet alors \u00e0 la fin du bail. <\/p>\n\n\n\n<p>Une promesse unilat\u00e9rale de vente est donc consentie au b\u00e9n\u00e9fice du preneur  : celui-ci dispose alors de la facult\u00e9 de lev\u00e9e l&#8217;option, souvent, avant l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance du bail. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Ce bail \u00e0 construction a, en r\u00e9alit\u00e9,  vocation \u00e0 r\u00e9unir la propri\u00e9t\u00e9 des constructions et du terrain, \u00e0 la fin du bail, sur la t\u00eate du preneur. <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le Conseil d&#8217;Etat dans une d\u00e9cision du 19 avril 2022 &#8211; n\u00b0 442150 &#8211; a eu \u00e0 se prononcer, pour la premi\u00e8re fois, sur l&#8217;applicabilit\u00e9 du droit de pr\u00e9emption urbain en cas de lev\u00e9e, par le preneur, de  l&#8217;option d&#8217;achat pr\u00e9vue au terme du bail.    <\/p>\n\n\n\n<p>Cette question n&#8217;est cependant pas nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques temps, une r\u00e9ponse minist\u00e9rielle &#8211; JO S\u00e9nat, du 10 janvier 2019, p.129 &#8211; consid\u00e9rait, avec pertinence, que lorsque le contrat de bail pr\u00e9voit un transfert de la propri\u00e9t\u00e9 du bien lou\u00e9 au preneur \u00e0 son terme ; cette cession \u00e0 titre on\u00e9reux de droits r\u00e9els immobiliers conf\u00e9r\u00e9s par un bail emphyt\u00e9otique et\/ou \u00e0 construction est soumise au droit de pr\u00e9emption urbain. <\/p>\n\n\n\n<p>Il s&#8217;agit bien d&#8217;une ali\u00e9nation \u00e0 titre on\u00e9reux d&#8217;un immeuble au sens de l&#8217;article L.213-1 du Code de l&#8217;urbanisme.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de l&#8217;application du droit de pr\u00e9emption m\u00e9ritait donc d&#8217;\u00eatre pos\u00e9e. C&#8217;est chose faite avec cette d\u00e9cision du 19 avril dernier. <\/p>\n\n\n\n<p>La cession d&#8217;un terrain par la lev\u00e9e d&#8217;option du b\u00e9n\u00e9ficiaire d&#8217;une promesse unilat\u00e9rale de vente ins\u00e9r\u00e9e dans un bail \u00e0 construction entre dans le champ d&#8217;application du droit de pr\u00e9emption et ce,  \u00e0 d\u00e9faut d&#8217;en \u00eatre express\u00e9ment exclue par l&#8217;article L.213-1 du Code de l&#8217;Urbanisme.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>D\u00e8s lors, lorsque l&#8217;option est lev\u00e9e par le preneur, le Conseil d&#8217;Etat estime que le droit de pr\u00e9emption urbain doit \u00eatre purg\u00e9. <\/em><\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>En pratique, la d\u00e9claration d&#8217;intention d&#8217;ali\u00e9ner doit mentionner uniquement les terrains et non les constructions.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, le droit r\u00e9el du preneur sur les constructions n&#8217;entre pas dans le champ d&#8217;application du droit de pr\u00e9emption. D&#8217;ailleurs le preneur n&#8217;entend pas, en ayant n\u00e9goci\u00e9 une option d&#8217;achat,  c\u00e9der  \u00e0 terme ses constructions mais, \u00e0 l&#8217;inverse, acqu\u00e9rir l&#8217;assiette de celles-ci. <\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9emption porte donc uniquement sur le terrain. Et le prix est donc celui du seul terrain. <\/p>\n\n\n\n<p>Le Conseil d&#8217;Etat estime alors avec pertinence, qu&#8217;exerc\u00e9e \u00e0 l&#8217;occasion de la lev\u00e9e par le preneur de l&#8217;option pr\u00e9vu dans le bail \u00e0 construction, la pr\u00e9emption  a pour seul effet &#8220;<em>de transmettre \u00e0 la commune qui pr\u00e9empte la qualit\u00e9 de bailleur et ce, faisant, les obligations attach\u00e9es \u00e0 cette qualit\u00e9, parmi lesquelles celle d&#8217;ex\u00e9cuter cette promesse de vente<\/em>&#8220;.  <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>La commune va, si elle pr\u00e9empte, acqu\u00e9rir un terrain grev\u00e9 d&#8217;un bail \u00e0 construction et avoir la qualit\u00e9 de bailleur. <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9emption porte donc exclusivement sur les droits du bailleur et, l&#8217;acqu\u00e9reur \u00e9vinc\u00e9, qui n&#8217;est autre que le preneur \u00e0 bail, demeure en place. <\/p>\n\n\n\n<p>Le bail continue de courir et la commune, tenue par les droits et les obligations n\u00e9s du bail n&#8217;aura d&#8217;autres choix que de revendre \u00e0 l&#8217;acqu\u00e9reur \u00e9vinc\u00e9, toujours locataire et b\u00e9n\u00e9ficiaire de la promesse de vente. <\/p>\n\n\n\n<p> Ce dernier demeure <em>in fine<\/em> titulaire de l&#8217;option stipul\u00e9e au contrat de bail  <\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce l\u00e0 l&#8217;objet du droit de pr\u00e9emption tel qu&#8217;il est envisag\u00e9 par l&#8217;article L.210-1 du Code de l&#8217;Urbanisme ? <\/p>\n\n\n\n<p>Rien n&#8217;est moins sur. <\/p>\n\n\n\n<p>Une telle op\u00e9ration n&#8217;entre pas dans la finalit\u00e9 du droit de pr\u00e9emption tel qu&#8217;il est institu\u00e9. Ce dernier est exerc\u00e9, suivant les dispositions l\u00e9gales, en vue de la r\u00e9alisation d&#8217;une op\u00e9ration d&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et notamment, d&#8217;une op\u00e9ration d&#8217;am\u00e9nagement ou la constitution d&#8217;une r\u00e9serve fonci\u00e8re.  Dans la d\u00e9cision du 19 avril dernier, la commune entendait r\u00e9aliser, en pr\u00e9emptant, un p\u00f4le d&#8217;excellence du nautisme. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>En pratique, la commune recueille dans son patrimoine une parcelle et un bail qui l&#8217;oblige, \u00e0 terme, \u00e0 c\u00e9der le terrain au preneur. <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le droit de pr\u00e9emption, m\u00eame acquis dans son principe, ne peut donc \u00eatre mis en oeuvre : comment la commune pourrait-elle r\u00e9aliser un am\u00e9nagement alors m\u00eame que le preneur demeure propri\u00e9taire des constructions ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le but poursuivi par l&#8217;exercice du droit de pr\u00e9emption au sens de l&#8217;article L.210-1 du Code de l&#8217;Urbanisme ne peut \u00eatre atteint. La d\u00e9cision de pr\u00e9empter n&#8217;est donc pas justifi\u00e9e. Et, les magistrats l&#8217;indiquent, en pr\u00e9cisant qu&#8217;elle emporterait l&#8217;obligation, pour  la commune de c\u00e9der, une fois la pr\u00e9emption exerc\u00e9e, les terrains au preneur. <\/p>\n\n\n\n<p>Esp\u00e9rons que cette d\u00e9cision donne au l\u00e9gislateur l&#8217;occasion de l\u00e9gif\u00e9rer sur ce point. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet, le Code de l&#8217;Urbanisme pr\u00e9voit deux exceptions au droit de pr\u00e9emption, qui sont, dans leur principe, assez proche du bail \u00e0 construction &#8220;invers\u00e9&#8221; :  \u00e9chappent ainsi au droit de pr\u00e9emption, les cessions d&#8217;immeubles c\u00e9d\u00e9s au locataire en ex\u00e9cution d&#8217;une promesse de vente ins\u00e9r\u00e9e dans un contrat de cr\u00e9dit bail &#8211; art. L.213-1 al.2 (d) du Code de l&#8217;Urbanisme &#8211; et les ali\u00e9nations de terrains, au profit du preneur \u00e0 bail \u00e0 construction, \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une op\u00e9ration d&#8217;accession sociale \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 &#8211; art. L.211-3 du Code de l&#8217;Urbanisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&#8217;agit pour ces deux exceptions d&#8217;emp\u00eacher de faire \u00e9chouer l&#8217;accession d&#8217;un preneur \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 d&#8217;un immeuble par l&#8217;exercice du droit de pr\u00e9emption. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette m\u00eame logique, l&#8217;extension de ces d\u00e9rogations au moment de la lev\u00e9e d&#8217;option d&#8217;achat du preneur d&#8217;un bail \u00e0 construction peut s&#8217;entendre. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l&#8217;effectivit\u00e9 de la pr\u00e9emption est gravement compromise : la commune devient certes propri\u00e9taire du terrain mais aussi bailleur&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;efficience de cette pr\u00e9emption demeure lettre morte : la commune ne r\u00e9alisera pas l&#8217;op\u00e9ration pour laquelle elle avait pr\u00e9empt\u00e9. Le droit de pr\u00e9emption perd alors toute sa justification l\u00e9gale et m\u00e9riterait de ne pas \u00eatre applicable.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eclairages sur l&#8217;arr\u00eat du Conseil d&#8217;Etat du 19 avril 2022 (N\u00b0 442150) La simple conclusion d&#8217;un bail \u00e0 construction n&#8217;entre pas dans le champ d&#8217;application du droit de pr\u00e9emption urbain \u00e9dict\u00e9 par les articles L.210-1 et L.213-1 du Code de l&#8217;Urbanisme : il ne s&#8217;agit pas, en tant que tel, d&#8217;une alin\u00e9ation \u00e0 titre on\u00e9reux. 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